surfEXPLORE Algeria feature in BeachBrother, France

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Text © Erwan Simon / surfEXPLORE

Exploration nord-africaine

Le surfeur et explorateur Erwan Simon n’est pas vraiment le genre à apprécier les spots surpeuplés et surmédiatisés. Au printemps dernier, il est ainsi parti avec quell-ques autres surfeurs explorer les côtes tunisiennes et algériennes. Retour sur un surf trip original et la découverte de l’une des plus belles vagues de Méditerranée.

Etape tunisienne

“Pas de planches à voile” me lance le chauffeur à peine garé le long du trottoir défoncé. J’ai pris d’assaut la camionnette, la dernière desservant la côte nord de Tunisie. Un taxi m’avait jeté dans ce quartier paumé de Tunis, et c’est là que je devais vite dégoter un transport pour rejoindre le reste de l’équipe, John Callahan, Emiliano Mazzoni, Sam Bleakley, Tristan Jenkins et EmiCat. La nuit tombante, je ne veux pas moisir dans ce coin là. Après avoir embabouiné deux autres passagers et racheté trois places pour mes planches, c’est parti pour quelques heures de route au son de la FM locale.

Dès les jours suivants, le surf se cadence entre beachbreaks et reefbreaks. Au bas d’un charmant vallon, une belle gauche s’enroule le long de cette pointe abritée, jusqu’aux carènes des barques de pêche. J’ai déjà eu la chance de surfer ce spot quelques années auparavant, mais toujours pas un surfeur à l’horizon! L’héliotropisme aidant, des millions de touristes essaiment le pays en quête de soleil bon marché à quelques heures d’avion de l’Europe, et pourtant le surf y reste toujours aussi énigmatique. Malgré la qualité des vagues tunisiennes, nous avons un autre Objectif : explorer l’Algérie et sa côte mystérieuse. On est pressé. En Méditerranée, les prévisions météo représentent un facteur clé, un élément crucial, en particulier quand on sillonne un littoral inconnu et que l’on veut surfer au bon endroit au bon moment. Mais comment faire pour ne pas perdre son temps??

Passer la frontière

Considéré comme matériel militaire, il est interdit de rentrer en Algérie avec des jumelles ou des objectifs photographiques, alors passer la frontière par la route avec un téléobjectif de la taille d’un lance-roquette et la panoplie complète des derniers appareils photos pros n’est pas une mince affaire. Après plus de six longues heures d’emmerdements autour de nos passeports et visas, le moment vient de passer la douane. Le chauffeur engage notre camionnette au garage pour l’inspection du véhicule et des bagages. John Callahan observe la scène et me lance un regard faussement détendu, une cigarette pincée entre les lèvres.

“C’est une belle raclée que vous avez mis aux égyptiens” ai-je lancé au douanier au sujet du dernier match de foot qui a frisé la crise diplomatique entre les deux pays. Il fait grossièrement le tour du véhicule et entrouvre à peine le coffre, avant de me faire un grand sourire.

“C’était mérité” me répond-il avec fierté, puis fait signe que c’est bon.

“Bienvenue en Algérie, la plus belle région du monde” me lance avec bonhomie un type coiffé d’un béret français. Gyrophare et sirènes hurlantes, une escorte de police nous mène jusqu’à Annaba en traversant des paysages grandioses. C’est sur cette côte que nous démarrerons l’exploration. Des vagues amusantes se présentent sur le banc de sable d’une longue plage. En sortant de l’eau, je rencontre Abdelaziz un pêcheur du coin. Il semble très ému lorsque je lui explique que je suis breton. Il n’a jamais quitté sa région, et rêve de visiter ma région. Il énumère tous les ports de pêche, puis fredonne un chant marin breton, la larme au coin de l’oeil. Il m’avoue qu’il la chantonne quand la mélancolie le rattrape. Il n’a pas vu d’étrangers sur cette plage depuis si longtemps, surtout depuis les conflits internes qui ont miné le pays dans les années 90. Nous le quittons après quelques accolades.

De retour à Annaba, le crépuscule est le meilleur moment pour arpenter la ville, ses vieux quartiers français décrépis. Je pense à mon grand-père qui a peut-être foulé cette même avenue auparavant. Né en Algérie de parents franco-espagnols, il avait dû quitter son pays comme beaucoup de “pieds-noirs” durant cette guerre d’Algérie qui a déchiré les deux peuples. Je remonte dans la camionnette

“Le destin de nos deux pays est lié pour toujours” me dit le chauffeur avec évidence. Il a sûrement raison.

Les noces du loup

La chaleur du Sahara donne naissance aux vents chauds du Sirocco, celui qui façonne les dunes infinies, les ergs de sable. Son énergie remonte jusqu’au massif des Aurès, franchit la chaîne de montagne et ventile les forêts de cèdres, de chêne verts et de pins d’Alep, il se faufile dans le vallon de l’oued Abiod, souffle sur les plaines côtières avant de rencontrer les montagnes qui donnent sur la mer Mediterranée.

En chemin se trouve Constantine. Cette ville millénaire, “le nid d’aigle”, a été construite sur un rocher monumental. On y accède par des ponts suspendus vertigineux qui enjambent les canyons du Rhumel. La vieille ville, unique et incomparable, est protégée par un précipice de plus de 150 mètres. Un sentiment majestueux prend le ventre.

Le vent du sud faiblit, les prévisions annoncent une houle consistante de Nord. Il faut faire vite, pousser l’exploration encore plus loin. L’expédition nous mène dans le massif de l’Edough. De Bouzizi, son point culminant, d’immenses forêts de chênes liège se jettent dans la mer, aujourd’hui déchaînée. On raconte que c’est ici que le dernier lion d’Algérie a été tué, en 1890. On serpente de cols en vallons en suivant le chemin de montagne, au milieu de nulle part. La côte est très découpée. Soudain, un tableau inoubliable s’offre à nous : du haut de la montagne, et sous un arc-en ciel lumineux, une longue gauche s’enroule sans fin au pied d’une falaise. Le point-break enchaîne les sections à manoeuvres et les tubes jusqu’à un petit port. A l’eau, les vagues approchent les deux mètres, la session est mémorable. On vient de tomber sur l’une des plus belles vagues de Med. De retour à Terre, on me parle d’une légende algérienne : lorsque les rayons du soleil percent la pluie en formant un arc-en-ciel, on célèbre les “noces du loup”. Ce sera le nom de ce spot. Je discute avec un Harraga, un de ces clandestins qui a tenté la traversée vers l’Europe. Il a débarqué en Italie, est passé entre les mailles du filet, avant de se faire refouler à Marseille. Il sait ce que c’est, il est lui-même pêcheur. Il me confirme que l’hiver, il ya souvent des houles dangereuses ici, mais n’a jamais vu de surfeurs. Je me retourne pour observer cette vague formidable avant de repenser à une expression d’Albert camus, qui est né sur cette terre algérienne :

“Comment faire pour ne pas perdre son temps?”

“L’éprouver dans toute sa longueur”.

About Sam Bleakley

I am a freelance writer and professional surfer from Sennen, West Cornwall, in the UK. I specialise in surf exploration projects with renowned surfEXPLORE photographer John Callahan. I have undertaken groundbreaking trips to the likes of Algeria, Liberia, Kenya, Oman, South Korea, Hainan, Palawan and the Maluku Islands. Surf writing has led me to visit sixty countries. My roots, however, remain in Penwith, where I live with my family above Gwenver beach, close to Land's End, the westernmost tip of Britain - next stop Novia Scotia. I have an MA in Geography from Pembroke College, the University of Cambridge, and I am currently researching a part time PhD in Travel Writing with Falmouth University. I am the author of two illustrated surf travel books, Surfing Brilliant Corners and Surfing Tropical Beats (Alison Hodge Publisher, Penzance). I have been a multiple European and British Longboard surfing Champion, and former competitor on the ASP World Longboard Tour. I am widely published and featured in international magazines and newspapers ranging from Resurgence to Action Asia to The Cornishman, and a regular contributor to The Surfer's Path. I have studied and taught travel writing courses and guest lecture on aspects of surfing, travel, writing and geogrphy in further and higher education. I edited The Surfing Tribe: a history of surfing in Britain, and have edited Longboarding supplements and specials for Carve and Wavelength magazines. My first book, Surfing Brilliant Corners, details a decade of extreme global surf travel, illustrated by John Callahan. Surfing, jazz, geography, ecology and cultural studies mix as I journey to Mauritania, locked in political strife, where landmines litter access to some of the best waves on the planet; and Haiti, which captures my heart and makes it race as if falling in love. My second book, Surfing Tropical Beats, follows our surfEXPLORE team on a rollercoaster ride from Haiti to Gabon, through Algeria, India, Vietnam, China and back to Haiti.
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