surfEXPLORE China in Surfeuses magazine, France

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Text © Erwan Simon / SurfEXPLORE

La Chine fait beaucoup parler d’elle, mais pourtant le surf demeure un mystère au sein de cette puissance en plein essor. Les autorités chinoises ont décidé de faire connaître leurs vagues en organisant le premier festival international de surf de Wanning. L’île de Haïnan est une destination qui à tout pour plaire aux surfeuses.

Quand la Chine s’éveillera

“Un jour, le philosophe Zhuangzi s’endormit dans un jardin fleuri, et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Le papillon vola ça et là jusqu’à l’épuisement ;  puis, il s’endormit à son tour. Le papillon fit un rêve aussi. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À cet instant, Zhuangzi se réveilla. Il ne savait point s’il était, maintenant, le véritable Zhuangzi ou bien le Zhuangzi du rêve du papillon. Il ne savait pas non plus si c’était lui qui avait rêvé du papillon, ou le papillon qui avait rêvé de lui.» Cette fable pose la question de la frontière entre le rêve et la réalité, en faisant douter l’Homme de ses certitudes. Zhuangzi (prononcez “Tchouang-tseu”) était un penseur chinois du IVème siècle avant Jésus-Christ ayant inspiré les fondements du Taoïsme, à la fois une philosophie et une religion. Il invite l’Homme à se débarrasser de ses ambitions égocentriques, de sa volonté de plier la réalité à ses fantasmes, il suggère le “dépouillement” et définit l’action en tant qu’elle est conforme à la nature des choses et des êtres.

Sur l’île de Haïnan, la main de l’Homme ne semble pas encore avoir modelé tous les paysages. Le littoral est encore peu apprivoisé. Le long de sa côte orientale, la houle de la mer de Chine agite l’horizon, dresse son échine bleutée avant de frapper les bancs de sable d’une longue plage sauvage. Un pêcheur esseulé est installé près du bord, entre ciel et terre, une canne à la main. Impassible, il entrevoit les surfeurs entre deux vagues. Holly Beck part sur l’une d’elle et s’engouffre dans le tube. Lui est modestement vêtu, il économise ses gestes à l’ombre de son chapeau conique. D’un signe succinct, il salue les surfeurs qui sortent de l’eau. Puis il porte son regard de nouveau vers l’horizon, imperturbable, comme l’un de ces personnages illustrant une estampe chinoise.

Les autorités chinoises ont invité l’équipe SurfEXPLORE (John Callahan, Sam Bleakley, Emiliano Cataldi, Erwan Simon) et la surfeuse professionnelle Holly Beck à mener une mission de reconnaissance des spots de surf sur la côte Est de Hainan, en vue de l’organisation du premier festival de surf en Chine.

Ici, les montagnes couvertes d’une forêt tropicale luxuriante donnent naissance à de charmantes cascades qui serpentent entre les villages de caractères et les rizières verdoyantes. Elles débouchent sur des plages aux lagons limpides : l’île de Haïnan offre des décors de cartes postales méconnus des occidentaux, et bien loin des clichés d’une Chine sur-industrialisée. “Lorsque nous sommes arrivés sur la plage, je n’en croyais pas mes yeux : du sable blanc, des cocotiers, de l’eau chaude et des vagues! Ce n’est pas du tout ce que je m’imaginais de la Chine.” explique Holly Beck.

L’île se situe tout au sud du pays, à une vingtaine de kilomètres du continent, dans le golfe du Tonkin qui borde la Chine et le Viet Nam. La province qui s’étend sur 34 000 km², environ la taille de la Belgique, culmine à plus de 1800 mètres au mont Wuzhi “la montagne des cinq doigts”. La densité de population est bien plus faible que sur le littoral continental avec environ 8 millions d’habitants qui vivent  essentiellement de l’agriculture et du tourisme. Haikou, la capitale qui se situe au nord de la province compte quelques industries, mais l’île exporte essentiellement des produits agricoles comme le riz, la noix de coco, l’huile de palme, du sisal, des fruits tropicaux comme l’ananas, du poivre noir, du café, du thé, des noix de cajou, de la canne à sucre, du caoutchouc et des produits de la mer comme les crevettes, les coquilles Saint-Jacques, les perles, le mérou, le thon ou le maquereau… Le tourisme se développe surtout aux alentours de Sanya, une ville balnéaire du sud de l’île.

L’australien Alby Falzon fut le premier surfeur à mentionner les vagues de Hainan en 1985, mais avec plus de 1500 kilomètres de côte, l’île dissimule encore un formidable potentiel de vagues vierges. Point breaks, récifs coralliens ou rocheux, beachbreaks puissants : Holly Beck et l’équipe SurfEXPLORE ont répertorié une multitude de vagues de qualité. Après cette session mémorable sur un banc de sable secret, les éclaireurs reprennent la route du retour pour se rendre chez Mama’s comme chaque soir. Cette cabane rudimentaire plantée sur la plage de la baie de Riyue, surplombe une des meilleures gauches du coin. Tenue par une dame au caractère bien trempé, elle est le point de ralliement des quelques surfeurs locaux pour boire une “Hainan Beer” et discuter après la session. Dans une ambiance simple et dépouillée, Mama prépare une mangeaille délicieuse, les pieds dans le sable. La grande richesse de la Chine réside dans ses hommes, son histoire et sa cuisine. La nourriture chinoise est une merveille pour les papilles, et à Hainan ce sont surtout les fruits de mer qui sont à l’honneur. Langoustes, crabes, coquillages, poissons : il suffit de choisir dans les viviers ce qui remplira vos assiettes. Après une longue journée de surf, la simplicité de  l’endroit est apaisante. Pas de superflu, seulement l’essentiel qui va dans l’ordre des choses et des êtres.

Le monde tremblera.

L’essor fulgurant de la Chine parmi les grandes superpuissances industrielles aura largement marqué la dernière décennie. “Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera” titrait déjà Alain Peyrefitte avec cette citation visionnaire empruntée à Napoléon, pour un livre prémonitoire qu’il publia en 1973. Le “miracle économique” chinois a bel et bien modifié les équilibres et déséquilibres internationaux en propulsant le pays à la place de seconde puissance mondiale, cette explosion industrielle et sa fureur exportatrice en ont fait un ogre vorace en hommes et surtout en ressources naturelles. La Chine est un vieux pays, mais une jeune puissance économique et ces  bouleversements engendrent des conséquences sociales et environnementales sévères, sur son immense territoire, mais aussi au delà de ses frontières. La Chine s’est bel et bien éveillée : le Dragon et son ambitieux rouleau compresseur ont balayé Zhuangzi et son papillon rêveur. Les surfeurs occidentaux ne sont pas épargnés, et sont de plus en plus nombreux à s’exhiber sur les plages avec des vêtements, des combinaisons et même des planches “Made in China”. Pourtant le pays le plus peuplé du Monde a longtemps tourné le dos aux vagues, encore aujourd’hui peu de surfeurs s’aventurent sur les spots de son étendue façade maritime. Mais les choses pourraient bien changer : les autorités chinoises ont décidé de lancer un signal retentissant en organisant le premier Festival International de Surf de Wanning. Le gouvernement envisage de changer cette île paisible en destination touristique internationale, au même titre que Bali ou Phuket. Des dizaines de millions de touristes sont attendus dans les années à venir. L’île est située à la même latitude que Hawaï, et les autorités s’inspirent largement du célèbre archipel polynésien pour y attirer les masses de vacanciers, et avec étonnement, le surf représente l’un des principaux axes de développement. Les projets hôteliers démesurés se multiplient, et des cars entiers de touristes venus du continent commencent déjà à déferler dans les boutiques de chemises à fleurs hawaïennes, pour ensuite se faire photographier sur les plages. Dans ce contexte, plusieurs surfeurs internationaux ont été invité à rejoindre l’équipe SurfEXPLORE et Holly Beck pour participer à ce premier festival de Wanning : Jarrad Howse, Mark Mathews, Robbie Bain, Kim Mayer et Robert “Wingnut” Weaver. Après une cérémonie d’ouverture grandiose, de séminaires en conférences de presse, des démonstrations sur les différents spots de la baie Shimey et celle de Riyue, l’évènement s’est conclu par la signature d’un partenariat officiel avec l’ASP pour organiser une compétition d’envergure internationale dès l’an prochain. Les surfeuses, notamment Holly Beck et Kim Mayer, se sont fait remarquer durant toute la manifestation en assurant le spectacle à l’eau.

Kim Mayer, qui est originaire de Santa Cruz en Californie, a passé son enfance tout près de la mer. Ses parents avaient l’habitude de l’emmener avec son frère à la plage, elle a pratiqué le bodyboard pendant un moment avant de débuter le surf à l’âge de treize ans. “J’ai toujours adoré être en pleine nature, dans l’océan, donc le surf est devenue une activité géniale à pratiquer quand j’étais dans l’eau” explique Kim. C’est en participant aux compétitions NSSA (championnats de surf US) qu’elle s’est liée d’amitié avec Holly Beck. Tout en suivant les compétitions, elle a suivi des études en Environnement à l’université de Santa Cruz qu’elle a prolongé en Nouvelle Zélande par la suite, avant de parcourir le monde en suivant le WQS une fois son diplôme en poche. “J’habite désormais à Santa Cruz, où je suis continuellement inspirée par la beauté de la nature environnante et la créativité des individus qui vivent ici. Quand je ne suis pas en train de surfer ou de voyager, j’aime beaucoup jouer de la musique, enfourcher mon vélo, marcher en forêts, danser et continuer à évoluer à ma façon. Nous avons tellement de chance de participer à cette existence” dit-elle avec enthousiasme. Rapide comme l’éclair, et habile dans toutes les conditions de surf, Kim Mayer considère l’île comme une destination idéale pour les surfeuses “Hainan est une destination géniale pour les filles, il n’y a pas de dangers, il y a des tonnes de vagues avec personne à l’eau, et la mer est chaude!

Avec des conditions de surf aussi attirantes, on peut se demander pourquoi les chinois ne se sont pas encore tournés en masse vers cette activité? “Je pense que le surf va se développer en Chine et à Haïnan, même si je suppose que cela prendra un peu plus de temps qu’à Taiwan” nous indique Baybay Niu, la meilleure surfeuse taïwanaise qui s’était  déplacée pour le festival. Culturellement les chinois ont l’habitude de percevoir la mer comme un lieu de travail, souvent dangereux, pour y puiser les ressources alimentaires. Nombreux ne savent pas nager. Mais la société connaît des métamorphoses rapides, de nombreux jeunes commencent à s’intéresser aux sports alternatifs. Et si la Chine refaisait une nouvelle petite révolution culturelle?

 

About Sam Bleakley

I am a freelance writer and professional surfer from Sennen, West Cornwall, in the UK. I specialise in surf exploration projects with renowned surfEXPLORE photographer John Callahan. I have undertaken groundbreaking trips to the likes of Algeria, Liberia, Kenya, Oman, South Korea, Hainan, Palawan and the Maluku Islands. Surf writing has led me to visit sixty countries. My roots, however, remain in Penwith, where I live with my family above Gwenver beach, close to Land's End, the westernmost tip of Britain - next stop Novia Scotia. I have an MA in Geography from Pembroke College, the University of Cambridge, and I am currently researching a part time PhD in Travel Writing with Falmouth University. I am the author of two illustrated surf travel books, Surfing Brilliant Corners and Surfing Tropical Beats (Alison Hodge Publisher, Penzance). I have been a multiple European and British Longboard surfing Champion, and former competitor on the ASP World Longboard Tour. I am widely published and featured in international magazines and newspapers ranging from Resurgence to Action Asia to The Cornishman, and a regular contributor to The Surfer's Path. I have studied and taught travel writing courses and guest lecture on aspects of surfing, travel, writing and geogrphy in further and higher education. I edited The Surfing Tribe: a history of surfing in Britain, and have edited Longboarding supplements and specials for Carve and Wavelength magazines. My first book, Surfing Brilliant Corners, details a decade of extreme global surf travel, illustrated by John Callahan. Surfing, jazz, geography, ecology and cultural studies mix as I journey to Mauritania, locked in political strife, where landmines litter access to some of the best waves on the planet; and Haiti, which captures my heart and makes it race as if falling in love. My second book, Surfing Tropical Beats, follows our surfEXPLORE team on a rollercoaster ride from Haiti to Gabon, through Algeria, India, Vietnam, China and back to Haiti.
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